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BAYONETTA
(2010 / sega / xbox360)

Quand une poignée de développeur de Capcom, et pas des moindres, se font la malle et créent leur propre studio, fatalement, on attend leurs premières productions au tournant. Rien moins que Hideki Kamiya, le papa de la série Devil may cry, secondé par juste Shinji Mikami, le papa de Resident Evil, plus des anciens du studio Clover (Okami, Viewtiful Joe, God Hand), et voilà donc Platinum Games. Déjà responsable du super violent "Mad World" sur Wii, la fine équipe déboule avec "Bayonetta", jeu de baston multivitaminé dans la veine de "Devil may cry", sur PS3 et Xbox360.

Le jeu de bagarre, en voilà un genre qui semblait promis à rester enfoui dans le même carton poussiéreux et oublié que les consoles 16bits. Les heures de gloires sont bien loin, une bonne quinzaine d'année écoulée depuis Final Fight, Street of Rage et autres Mutation Nation... Un style qui a lourdement raté son passage à la 3d. Mais récemment, avec des titres comme "God of War", "Ninja Gaiden" ou "Devil may cry", le style est revenu à la mode, tout en traînant quelques casseroles malgré tout. Avec Bayonetta, le genre passe dans une autre dimension.

Pas une révolution, mais une telle bond dans la qualité, qui fait de "Bayonetta" une vraie réussite. Succès qui provient d'un système de jeu en or, basé sur des enchaînements à foison. Coups de poids, de pieds, mitraillettes, fusil à pompes, fouets, tronçonneuses. magies, chaque combat s'aborde avec bonheur, comme un véritable festival de bourre-pifs jubilatoires. Le fond de jeu de "Bayonetta" est jouissif, aussi accessible qu'il doit être technique dans les niveaux de difficulté élevé. Auparavant style traditionnellement ennuyeux, le jeu de bagarre trouve ici une aventure d'environ 15 heures à la première traversée, et bien plus les fois suivantes, puisqu'on y retourne!

"Bayonetta", c'est le titre du jeu. Bayonetta, c'est le nom de l'héroïne du jeu. Alors, vous vous attendez à ce que Bayonetta soit l'héroïne de "Bayonetta"? Bien vu !! Avec son style de prof de math façon "Rival School", une combinaison en cheveux (??) dos nu ultra moulante, un déhanchement abusif et quelques sucettes en bouche, Bayonetta semble être une parodie sur pattes, pattes d'un mètre cinquante quand même. Mais voilà, un air foncièrement antipathique, des mimiques bien senties et quelques coups (bas) bien placées, et voilà un personnage qui rentre instantanément au panthéon des étoiles du jeu vidéo, aussi appréciable pour son look que pour son style. Comment alors imaginer de ne pas revoir la à l'avenir?

Un jeu en or (en platine?), une super héroïne, tout ça dans un univers assez étrange, mais particulièrement fascinant. Manifestement contemporain, le monde de "Bayonetta" s'en donne à cœur joie dans le baroque, entre iconographie chrétienne, univers tantôt gothique, renaissance, onirique ou même cyber-punk ; musiques jazzy ("Gates of Hell"), pop acidulé ("Fly me to the moon" "Mysterious way"), symphonique (combats contre les boss) ou bien typiquement jeux vidéo (les combats contre Janne). Bref, du bonheur pour les yeux et les oreilles.

Si proche de la perfection et pourtant si loin, avec, dès le début du jeu, une bonne grosse gifle, une de celles qui cinglent et qui font monter les larmes aux yeux. Le chapitre "Prologue" est une catastrophe que le jeu traînera comme un boulet un bon moment. Introduit par de la pisse sur une tombe (!!), la séquence s'ouvre sur une cinématique d'une médiocrité confondante, autant techniquement que scénaristiquement. Animations ringardes, dialogues stupides et inutilement vulgaires, mise en scènes bidons remplie d'effets visuels inutiles (l'aspect cinéma notamment) et histoire sans intérêt, les cinématiques de Bayonetta sont catastrophiques !! Et le pire, c'est que ces cinématiques surviennent en plein milieu des niveaux, pour bien casser le rythme.

Un énorme défaut car le jeu s'articule sur un scénario, aussi obscur soit-il, qui tient la route. Sa mise en scène particulièrement navrante fait de gros torts au jeu. Si Bayonetta, Janne et les anges de Laguna forment le noyau dur d'une histoire vaguement compréhensible, le reste l'enfonce dans du comique misérable, avec des personnages secondaires irritants (Luka, Enzo), du cocasse sans intérêt (Cereza) et du grand guignol le plus affligeant (l'apparition aussi interminable qu'inexplicable du très fade boss Père Balder). Au final, on recommence le jeu en zappant systématiquement les cinématiques (RT + select, ne passez par l'interminable menu pause, "quitter cinématique" > "Vous êtes sûr Oui / Non"), et ça va beaucoup mieux.

De par leur paternité, les créateurs de Platinum ont bourré leur dvd d'un nombre improbable de références aux jeux Capcom. Amusez-vous donc à retrouver les clins d'œil fortement appuyés à Resident Evil, Devil may cry et Okami. Passé sous la bannière de SEGA, vous trouverez aussi, et entre autres, des références à Sonic. Les plus appuyées sont aussi les plus pénibles: Un niveau "hommage" à Hang-on et Out Run vous plongera dans un ennui profond, puis plus tard, un chapitre complet dédié à Afterburner/Space Harrier risque de vous envoyer directement dans le coma. Inintéressant, inutile, ennuyeux, ils sont aussi inamusants qu' invraisemblablement long ; comptez 5 grosses minutes de dépit en moto, et 10 grosses de désespoir pour le jeu de tir en 3d.

J'ai oublié de vous dire. Bayonetta est un jeu difficile. Du moins, en NORMAL, ne vous attendez pas à une promenade de santé. Fort heureusement, les concepteurs ont oublié d'être idiot. Car là où pas mal de jeux aurait fait devenir fou de rage n'importe quel joueur normal - en faisant revenir le joueur au début du niveau par exemple - ici, on a pensé à des petits points de sauvegardes intermédiaires, placés avant et après chaque combat. La difficulté reste mais la frustration s'envole!! Vaincre les vilains devient jouissif, et pas un énervement constant qui aurait été rédhibitoire au jeu.

Plus/moins.
+ Bayonetta !!
+ Réussite graphique.
+ Difficulté et prise en main excellente.
+ Très défoulant !!
- Cinématiques atroces.
- Phases bonus insupportables.

Magnifique, jouable, difficile, amusant ; "Bayonetta" échoue dans le plus facile, alors qu'il réussit dans le plus dur: Une vedette incroyable, un système de jeu excellent et une durée de vie très bonne, le tout servit par une réalisation autant graphique que sonore de haut niveau. Et d'un autre coté, mise en scène catastrophique, scénario hors d'intérêt et jeux bonus insupportables. La perfection se joue sur les détails, et "Bayonetta" n'est qu'excellent.


testé en 2010 par broseb.
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